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Critique de Boyd Van Eudj pour Cineuropa

1/2

PLACE TO BE

31 JANVIER 2014 |  

Les destins enlacés d’une poignée de quadra-trentenaires dévorés par la vie. Un regard poétique et attentif sur leurs relations affectives qui s’écrivent au rythme de leur cheminement, en filigrane. Un film choral qui s’attache aux êtres, aux moments de silence et aux turbulences du destin.

Après avoir réalisé plusieurs courts-métrages et quelques films de commande (un documentaire sur Michel Legrand, des films pour Chanel et L’Oréal, ou encore des clips pour Universal et Sony), Emmanuel Saada se lance désormais dans la cour des grands avec ce tout premier long-métrage au titre intrigant : Les Eléphants.

Pour expliquer ce titre, le réalisateur a déclaré « Comme les éléphants, les personnages de mon film ont tout le mal du monde à s’arracher à la gravité : il y a à la fois une énorme inertie dans leur cheminement, et pourtant une grande délicatesse dans leurs échanges. Ce sont des êtres aussi vulnérables et maladroits que gracieux. »

Pour son premier film sur grand écran, Emmanuel Saada a donc décidé de s’attaquer au genre difficile du film choral, et il s’en sort plutôt bien.

Dès les cinq premières minutes du film, on fait connaissance avec tous les personnages. On se re- trouve en immersion directe dans leur quotidien et leurs émotions, ce qui représente un véritable atout pour ne pas se perdre et s’ennuyer dans ce genre de film.

Le film s’ouvre sur un gros plan d’une femme qui pleure dans son lit.

Le ton est donné, nous sommes au plus près des personnages et de ce qu’ils ressentent face aux petits et aux grands événements de leurs vies.

La véritable force de ce film : les silences. Ils en disent long comme ils peuvent en dire peu, on les écoute et on les interprète selon son propre ressenti.

Il y a très peu de dialogues, pas de mots inutiles pour exprimer un sentiment, une émotion et c’est vraiment plaisant. Le réalisateur va plutôt s’attacher aux visages, aux gestes, à un regard, à un sourire, à une respiration, à un souffle, à l’ambiance légère ou pesante que peuvent parfois traduire les si- lences. Et le message passe tellement mieux ainsi.

Les acteurs y sont bien évidemment pour beaucoup. Ils se révèlent justes, naturels, presque instinctifs dans leur façon d’exprimer leurs émotions. La réalisation donne parfois cette impression d’être à la place de la caméra, que le personnage s’adresse directement à nous ou bien même que l’on prend la place d’un autre personnage. Le ressenti de leurs sentiments est d’autant plus fort pour le spectateur, car la caméra est souvent très proche de ces personnages, de leurs visages et de leurs gestes.

Il faut quand même souligner que cette absence de dialogues peut parfois être gênante.

En effet, certaines zones d’ombre planent sur la situation des personnages, sur leurs liens affectifs et sur certaines réactions qu’ils peuvent avoir entre eux. Et le silence n’aide pas forcément à y voir plus clair, bien au contraire. Le réalisateur nous invite alors à imaginer et à deviner les raisons qui les

poussent à agir et à réagir ainsi.

Quitte à fouiller dans son propre vécu pour analyser certains silences dans le film, quitte à se mettre à la place des personnages, quitte à s’identifier à eux dans certaines situations et ainsi lire entre les lignes de l’histoire.

Plusieurs thèmes sont traités dans ce film : la perte d’un proche, la relation mère-fille, la vie de couple, la maternité, la paternité, la quête individuelle ou encore le lien fraternel. Des thèmes universels qui nous parlent forcément et qui nous rapprochent un peu plus de ces personnages.

Suivre le quotidien de ces éléphants pendant plusieurs mois dans ce film, c’est un peu regarder son propre quotidien en face. On les accompagne dans ces petits moments de vie, on les comprend, on les ressent, on compatit et puis finalement on se retrouve en eux.

Ces éléphants sont forts et fragiles à la fois, ils nous touchent, nous bouleversent, ils sont profondé- ment humains... Il y a beaucoup de nous dans ces éléphants.

Porté par une bande d’acteurs qui allie simplicité, subtilité et intensité dans leur interprétation, porté par des émotions fragiles et palpables, porté par la beauté des silences qui en disent long, ce film de- vrait vous parler.

Genre : Comédie dramatique - Nationalité : Française - Distributeur : La Vingt-Cinquième Heure - Avec Cathy Nouchi, Cendrine Genty et Damien Roussineau - Durée : 1h28 - Date de sortie en France : 19 février 2014

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TSF JAZZ

9 FÉVRIER 2014 |  Le blog de Laurent Saphir

La scène la plus importante du film, on ne la voit pas. Elle se situe avant le tournage lorsque Emmanuel Saada réunit ses acteurs pour un repas sans paroles. Pas un « bonjour », ni même un « au revoir »... Par le simple regard, la gestuelle ou encore la façon de découper et servir l’énorme saumon disposé au centre de la table, des comédiens tissent entre eux une alchimie particulière.

Le réalisateur, dés lors, n’a plus qu’à tirer le fil d’Ariane et à imaginer, par exemple, que l’acteur, à gauche, pourrait faire couple avec la fille en face au vu des regards qu’ils s’échangent. Ou encore que ces deux autres comédiennes toutes en complicité muette ont vraiment ce qu’il faut pour camper deux soeurs à l’écran. Les Elephants convoque ainsi, dans un registre mezzo voce, le bel orgueil d’une écriture cinématographique aussi prodigue en ellipses qu’économe dans ses dialogues.

Résultat: un film-funambule, tendu dans ses frôlements et sa dérivée de sentiments au gré des relations entre six trentenaires et quadras traversés par des deuils, des rencontres, des retrouvailles ou alors des séparations. De ses personnages, Emmanuel Saada dit qu’ils ont tout le mal du monde à s’arracher à la gravité, d’où le titre du film. Tout cela se décline en même temps dans un summum de délicatesse, de sensualité et de symbiose devant beaucoup à la sensibilité des comédiens: Cendrine Genty et Damien Roussineau en tête, mais aussi Cathy Nouchi dans un rôle moins mis en valeur...

On n’est pas sûr, certes, de tout comprendre dans ce qui ressemble parfois à des bribes de rushs rassemblés bout-à- bout. Mais on comprend l’essentiel, à savoir la texture particulière de cet objet à l’écran dont l’équivalent musical pourrait être le fameux Crystal Silence de Chick Corea et Gary Burton. Ou alors un morceau d’Alexandre Saada.

Jamais envahissant puisque c’est son essence même, le clavier du frangin jazzman distille une émotion fugitive, en parfait décalque avec la poésie d’une mise en scène qui, dans son attention aux regards, aux fêlures et aux mouvements du coeur n’est pas sans rappeler les déambulations chères à John Cassavetes... Nul doute qu’en la déliant de ses penchants impressionnistes qui peuvent quelquefois en édulcorer la corporéité, la fibre auteuriste d’Emmanuel Saada trouvera très vite cette ampleur dans le lâcher-prise dont l’auteur de Faces a fait un trait de génie.

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LES ÉCRANS DE CLAIRE

7 MARS 2014 |  Posted in Cinéma et TV 

« Les Eléphants » de Emmanuel Saada est un projet collaboratif ( via KissKissBankBank) et un film choral. J’ai été très lente à voir le film...C’est le genre de « film d’auteur » que j’aime voir de temps en temps, la pellicule qui repose des blockbusters et nous montre un autre cinéma. Avis très en retard sur « Les Eléphants ».

Le synopsis me faisait un peu peur :

« Les destins enlacés d’une poignée de quadra-trentenaires dévorés par la vie.Un regard poétique et attentif sur leurs relations affectives qui s’écrivent au rythme de leur cheminement, en filigrane. Un film choral qui s’attache aux êtres, aux moments de silence et aux turbulences du destin. »

Allais-je m’ennuyer ? Sachant que je suis dans la tranche d’âge des personnages, allais-je m’identifier ? Réponse : par moments ! Si dès le début j’ai vu que la photographie, la bande son étaient belles et travaillées, j’ai eu du mal à comprendre le début. J’ai perdu le fil de l’histoire.
Les thèmes abordés sont universels : relation mère fille, soeur, deuil, paternité et maternité, envie de construire sa vie, peur de l’engagement etc. La structure du scénario est plutôt simple : on commence sur un enterrement – et on finit sur la promesse d’une nouvelle vie, d’un renouveau. Entre-temps, on assistera à des déchirements ( mais tout en retenue, voire en silence, ce n’est pas un film bavard, ni hystérique) et à des réconciliations. Vous l’aurez compris, « les Eléphants » est un film qui refuse le sensationnel, on est dans la vie de tous les jours. (D’ailleurs j’ai reconnu certains lieux parisiens.)

On est dans le contemplatif, il y a très peu de dialogues. Il faut donc se laisser embarquer. Mais si vous vous accrochez, vous passerez un moment pas désagréable, vous y piocherez même quelques beaux moments. Les acteurs sont plutôt bons, voire émouvants. Ce n’est pas le film du siècle, mais la

musique de fin retentit, on aimerait savoir ce que deviennent ces Elephants. Emmanuel Saada est un homme orchestre et nous livre une oeuvre originale.

En savoir plus sur le film :

« Tout est né autour d’un déjeuner. Un déjeuner silencieux où seuls les échanges de regards et de gestes étaient autorisés. Une expérience inattendue entre acteurs qui est à l’origine du film « LES ELEPHANTS » de Emmanuel Saada.

Ce travail d’expérimentation autour des sensations, initié par le réalisateur, a permis aux comédiens en amont du tournage de créer de réelles affinités qui sont perceptibles à l’écran.
« LES ELEPHANTS » porte ainsi un regard poétique et attachant sur les relations entre amis, amants ou encore membres d’une même famille...
Le réalisateur : Cinéaste, photographe, peintre et auteur, Emmanuel Saada (Trou de Balle, Soleils Divers) est un artiste éclectique dont le travail se distingue par la singularité du regard qu’il pose sur les relations humaines. Avec Les Eléphants, il désire faire face à notre vérité la plus intime et explorer ce qui, dans l’autre, le rend semblable à ses contemporains : sa vulnérabilité, sa capacité à s’émouvoir et à espérer. »

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CRITIQUE FILM.FR

En matière de critique cinématographique, un peu d’honnêteté ne peut pas faire de mal et il est honnête de prévenir toutes celles et tous ceux qui n’aiment que le cinéma formaté, si possible plein d’actions spectaculaires, que Les éléphants, le premier long métrage d’Emmanuel Saada, n’est pas fait pour eux. Restent tous les autres spectateurs potentiels et espérons qu’ils sont nombreux. Ceux-là, l’expérience que leur propose Emmanuel Saada risque de leur laisser un souvenir impérissable : un film construit comme un puzzle qui va mettre plusieurs mois (ramenés à 85 minutes dans le film) à être reconstitué par les spectateurs, une histoire avec 4 femmes et 2 hommes dont les prénoms ne sont quasiment jamais prononcés et dont le mystère des rapports entretenus entre eux ne se dissipe que petit à petit. Autant dire que Les éléphants est un film choral qui demande beaucoup d’attention de la part du spectateur. Sa récompense, il l’aura en étant confronté à la vie des six trentenaires, montrée de façon quasiment impressionniste, par petites touches, avec beaucoup de gros plans des visages et des corps, avec une caméra qui caresse ces visages et ces corps avec tendresse. Le désir chez une femme d’avoir un enfant, la peur de la paternité chez son compagnon, le deuil, la recherche de ses origines, les couples qui se séparent, les problèmes familiaux, tous ces thèmes, on les a vus traités dans de nombreux films, mais comme dans Les éléphants, rarement, voire jamais ! Après tout, est-ce nécessaire d’entendre la conversation d’un couple qui se sépare puisque l’on a déjà entendu une telle conversation dans des centaines de films ? N’est-ce pas plus fort d’assister à cette séparation au travers de la vitre d’un café, sans rien entendre ?

 

Réalisateur de plusieurs court-métrages, Emmanuel Saada fait une entrée qui aurait pu (qui aurait dû) être remarquable et remarquée dans le long-métrage. Le monde impitoyable du cinéma ne l’a pas voulu : peu de copies, peu de promotion télé et radio et Allociné va jusqu’à créditer ce film de zéro entrée au box-office ! Un espoir : que le DVD permette de contribuer à mettre en lumière ce réalisateur au talent certain et à l’avenir prometteur. Talent certain, également, chez les comédiens et comédiennes tous inconnus ou peu connus et qu’il faut tous nommer : Cathy Nouchi, Damien Roussineau, Mickaël Chirinian, Violaine Fumeau, Cendrine Genty, Caroline Filipek, Léna Herbreteau.

Le DVD

Celles et ceux qui attendent d’un DVD de nombreux suppléments vont sans doute être déçus : il n’y en a aucun ! Ils devront se contenter de la découverte d’un réalisateur hors norme et très prometteur, de la découverte, aussi, d’une brochette d’acteurs et d’actrices quasiment inconnus mais de grand talent. Après tout, n’est-ce pas suffisant ? Pas de choix non plus concernant le son qui n’est disponible qu’en stéréo 2.0. Pas bien grave, dans la mesure où le film fait beaucoup appel aux silences et brille par une absence totale d’effets spéciaux. Sinon, visuellement, le transfert du film sur DVD a été très bien réalisé par La vingt-cinquième heure.

Le DVD est disponible, entre autres, directement sur le site de La vingt-cinquième heure.